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Podcast "métiers anonymes", épisode 4 / Prof d'EPS : tout dans les jambes, rien dans la tête?

Entretien avec François Baritiu, professeur d’EPS et co-fondateur de la start up Edumalin, incubée au Cnam incubateur

Publié le 3 juillet 2019 Mis à jour le 18 octobre 2019

Prof de ballon rond, prof en jogging, qui s’adresse aux biscotos plus qu’au cerveau… quelle est la part de mythe et de réalité dans les représentations sociales liées à cet.te enseignant.e pas comme les autres ? Et si justement, s’adresser au corps avant l’esprit permettait de faire de l’EPS un laboratoire des innovations éducatives et le terrain même de l’apprentissage de la citoyenneté ? Eléments de réponse avec François Baritiu, professeur d’EPS depuis 20 ans et co-fondateur de la start up Edumalin, incubée au Cnam.

Crédit musique : @The Artist Union / @sound fishing

Le prof de ce sport, ce « Frankenstein universitaire »

Et si le caractère hybride des professeur.e.s d’EPS, à mi-chemin entre le loisir et l’enseignement, entre l’école et le terrain de foot, entre l’amitié et l’autorité, donnait justement toute leur légitimité à ces professionnel.le.s ?

C’est ce que défend François Baritiu, en rappelant que la filière STAPS, par laquelle passent tou.te.s les prétendant.e.s au titre, ne forme pas que des sportif.ve.s, mais avant tout des professionnel.le.s capables de mettre en perspective et en application des concepts de psychologie, de sociologie, ou encore d’anatomie, dans le cadre d’une formation où la théorie prend largement le pas sur la pratique sportive.

Bien que les préjugés liés au.à la professeur.e d’EPS demeurent solidement ancrés dans les mentalités, c’est bien la singularité de cette discipline qui lui a permis de conquérir sa légitimité au sein de l’Education Nationale. Car l’espace-temps spécifique du cours d’EPS n’est autre que la porte ouverte sur l’humain. Révélateur de la personnalité des élèves, le terrain de sport est aussi celui d’une relation directe, vecteur de confiance entre le.la professeur.e et ses élèves, un terrain d’observation privilégié qui nourrit aussi bien les décisions du Conseil de classe que les réflexions sur le devenir de l’Ecole.

Le cours de sport, une école de la vie ?

Et si le sport n’était qu’un prétexte pour former des citoyen.ne.s lucides, autonomes et responsables ? C’est en tout cas ce que prescrit le programme scolaire aux professeur.e.s d’EPS, dont l’originalité est d’être articulé autour de compétences comportementales et non d’un corpus de connaissances. Hors du cadre normatif de la salle de cours, l’EPS met à nu un groupe d’individus face à eux-mêmes, face aux autres et face au.à la professeur.e, dont la tâche consiste donc intrinsèquement à produire un collectif de travail autonome par le moyen du sport.

L’exercice physique ne serait-il donc qu’un moyen à des fins éducatives ? Loin s’en faut, car il s’agit avant tout de guider les élèves vers une meilleure harmonie entre leur corps et leur esprit, l’un n’allant pas sans l’autre. François Baritiu montre à travers l’exemple de la danse, à mi-chemin entre l’art et le sport, combien il est fondamental pour les élèves de prendre conscience du langage corporel et du caractère indissociable de leur corps et de leur cerveau dans la valorisation de leurs compétences, aussi bien pour les oraux du bac que pour leurs futurs entretiens d’embauche et autres réunions professionnelles. Des têtes bien pleines sur un corps bien fait, l’Education Nationale serait-elle en passe de renouer avec l’humaniste « esprit sain dans un corps sain » ? Affaire à suivre…

Le terrain de sport, un marqueur des inégalités de genre ?

Parmi les singularités de l’EPS, il en est une dernière, et non des moindres, qui fait parfois débat entre les professeur.e.s : que faire des différences physiques entre les élèves de sexe féminin et masculin ? Est-il est possible d’adapter une même pratique sportive à tou.te.s ou bien l’EPS contrevient-il nécessairement au principe pourtant fondamental de mixité ? Faut-il préférer l’équité à l’égalité dans la notation des élèves ? Au cœur du quotidien des professeur.e.s d’EPS, la notion de genre et d’inégalité physique doivent avant tout être envisagées sans tabous et avec sérénité. Telle est la posture de François Baritiu, pour qui le problème réside moins dans le fait qu’il y ait des inégalités de départ que dans le fait de chercher à les nier. L’objectif du.de la professeur.e d’EPS étant d’offrir à chacun.e la possibilité de progresser, charge à l’enseignant.e d’arbitrer selon les types de pratiques sportives si la mixité est ou non une condition de départ favorable ou non à la réalisation de cet objectif commun.

Réalisé par Laetitia Casas

Journaliste à la Direction de la communication du Cnam


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