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Podcast "métiers anonymes", épisode 3 / Aides-soignant.e.s en Ehpad : des ouvrier.e.s du soin ?

Entretien avec Dominique Lhuilier, psychologue du travail et professeure émérite au centre de recherche sur le travail et le développement (CRTD) au Cnam

Publié le 4 juin 2019 Mis à jour le 18 octobre 2019

A l’approche de la journée de solidarité avec les personnes âgées, qui aura lieu le lundi 10 juin, Dominique Lhuilier, psychologue du travail et professeure émérite au Cnam, lève le voile sur le « sale boulot » des aides-soignant.e.s en Ehpad et sur des mécanismes structurels pernicieux, cachés dans l’angle mort des accusations de maltraitance par les patient.e.s et leurs familles…

Crédit musique : @The Artist Union / @sound fishing

Autrefois assuré au titre de la solidarité familiale ou de la charité chrétienne, le soin aux personnes âgées s’est professionnalisé comme pour mieux tirer un voile sur ce qui nous dérange: le reflet de notre propre mortalité. C’est ce que Dominique Lhuilier nomme le « négatif psycho-social », qui condamne à l’invisibilité l’ensemble des métiers intimement liés à nos tabous profonds, ces « sales boulots » dont la profession de soignant.e en Ehpad est un véritable archétype.

Signe du temps, l’ouverture d’Ehpad est devenu un marché comme un autre, et les méthodes de management de s’adapter à un impératif de rentabilité, dopé par les outils numériques au premier rang desquels figure le PSI (plan de soin informatisé). Toilette, habillage, réfection de lit, change anatomique, repas… à l’heure d’un nouveau taylorisme digital, l’assistance aux personnes âgées se trouve chronométrée, fragmentée, dispatchée et tracée par un logiciel qui transforme la bienveillance en travail à la chaîne.

Gardons-nous donc d’individualiser les affaires de maltraitance en Ehpad, dont Dominique Lhuilier précise qu’elles relèvent en réalité d’une maltraitance institutionnelle qui frappe en plein cœur la vocation et les conditions de travail des aides-soignant.e.s, pour ensuite, par effet de ricochet, impacter gravement la qualité de vie des résident.e.s. Ramener l’humain dans l’organisation du travail en Ehpad, tel est le défi à relever pour rattraper le retard français dans la prise en charge de ses aînés.

Entraide, soutien, coopération… autant de mots qui font la matière-même de ce travail du prendre soin, ce « travail émotionnel », tel que le définit Dominique Lhuilier, qui appelle de ses vœux des réformes en profondeur : favoriser l’émergence de collectifs de travail, mettre en place des groupes d’analyse de pratiques professionnelles… rendez-vous à l’automne pour voir ce que réserve le projet de loi de la ministre de la santé Agnès Buzyn, qui a annoncé en mars dernier vouloir revaloriser les métiers du grand âge par la création de 80 000 postes en Ehpad d’ici 2024.

Réalisé par Laetitia Casas

Journaliste à Direction de la communication du Cnam


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