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[PODCAST] Blues des flics et gilets jaunes

Entretien avec Christian Fassier, psychologue du travail et doctorant au Cnam

Publié le 13 mai 2019 Mis à jour le 9 juillet 2019

26 policier.e.s se sont donné.e.s la mort depuis le début de l’année. Un chiffre dramatique sur lequel la crise des gilets jaunes tend un miroir amplifiant depuis plusieurs semaines. Par-delà l’effet de contexte, gardons-nous de confondre la cause et l’effet. En compagnie de Christian Fassier, psychologue du travail et doctorant au Cnam, penchons-nous sur les racines profondes et parfois méconnues de la crise qui frappe ce métier pas comme les autres…

Crédit image : Rama

Crédit image : Rama

Crédit musique : @ The Artist Union

Crise des gilets jaunes, mépris des citoyen.ne.s, manque de moyens… oui, mais pas que. Ce qui transparaît surtout des résultats d’enquête de Christian Fassier, c’est que la crise du métier de policier.e est à analyser avant tout sur le long terme et de l’intérieur. L’occasion de rappeler que la courbe des cas de suicide de policier.e n’est pas en croissance continue mais fonctionne par pics, le plus important datant de l’année 2014 avec 55 suicides, et de tirer les leçons de plans suicide qui ne semblent pas s’être attaqués aux racines du problème.

En tant qu’ils assurent une fonction de contrôle social, les policier.e.s ont une place à part dans la cité, qu’ils revendiquent comme telle. Mais dès lors, comment obtenir la reconnaissance sociale de ceux.celles que l’on contrôle ? L’ordre social ne peut-il être maintenu qu’en suscitant la crainte ? La police assure-t-elle des fonctions de prévention ou de protection ? Dedans et dehors à la fois, les policier.e.s ont une injonction à l’autonomie sur le terrain - dont le devoir de discernement est censé sceller la légitimité, tout en devant répondre de leurs actes devant la justice, à l’instar de tirs de LBD jugés « non proportionnels ». Parfois pris en tenaille entre la volonté de la société civile et un législateur aux positions nécessairement ambiguës, le métier de policier.e est éminemment politique, dans tous les sens du terme.

Livré.e.s à eux-mêmes sur le terrain après une formation qui ne les prépare pas à faire face aux risques psycho-sociaux propres à leur « sale boulot » ni à la réalité opérationnelle de leurs missions, les policier.e.s déplorent autant qu’ils.elles revendiquent cette marge d’autonomie, aussi bien par rapport au reste de la société civile qu’envers leur propre hiérarchie interne. C’est le début d’un cercle vicieux : un fossé de plus en plus large se creuse alors entre les opérationnel.le.s et la hiérarchie, entre les jeunes et les ancien.ne.s, entre des services compartimentés qui ne se parlent pas, entre tous les niveaux d’une structure pyramidale traditionnellement verticale… autant de problématiques managériales qui font du métier de policier.e un cas d’école en terme de management et plus précisément de conduite du changement.

L’appel de Christian Fassier : décloisonner la parole entre les services et les strates hiérarchiques, déverrouiller les stéréotypes de genre qui font de la vulnérabilité un tabou, avoir une approche préventive et pas seulement curative des risques psycho-sociaux… Autant de réformes concrètes mais profondes dont certaines ont d’ores et déjà portées leurs fruits du côté de la Gendarmerie, et espérons-le, demain, au sein de la Police.

Crédit musique : @ The Artist Union

Réalisé par Laetitia Casas

Journaliste à la Direction de la Communication


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