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Vers une orientation des personnes tout au long de la vie plus juste ?

Jean Guichard, Professeur émérite de Psychologie au Cnam

Publié le 20 juin 2018 Mis à jour le 7 novembre 2018

Dans un double contexte de montée des inégalités sociales et de raréfaction des ressources naturelles, le programme UNITWIN « Pour l’orientation des personnes tout au long de la vie vers le travail décent et le développement durable », créé par l’Unesco, invite à repenser nos façons d’accompagner l’orientation des personnes.

Inégalités sociales extrêmes, épuisement des ressources naturelles, déficit de travail décent, … les graves crises du monde d’aujourd’hui conduisent à s’interroger sur la pérennité des systèmes actuels d’organisation et d’échange du travail.

C’est ce à quoi s’emploie notamment ce programme de « jumelage et mise en réseau d’universités » (en anglais : UNITWIN) développé par l’Unesco, qui regroupe 18 établissements d’enseignement supérieur, dont le Cnam. Les 24 et 25 mai, ces derniers se réunissaient dans ce cadre pour la première fois à Wroclaw (Pologne).

Quel rôle pour le programme UNITWIN dans le domaine de l’accompagnement à l’orientation ?

Il ne semble pas que les interventions d’accompagnement à l’orientation puissent se limiter à guider l’employabilité, comme c’est actuellement le cas de la majorité d’entre elles. Leurs finalités et objectifs devraient être redéfinis en se fondant d'une part, sur des principes proches de l'esprit de Philadelphie : tel que le décrit le professeur au Collège de France, Alain Supiot : un esprit que synthétise notamment la Déclaration universelle des Droits de l’homme de 1948 qui consacre plusieurs paragraphes à préciser les conditions d’un travail et d’une vie décentes. D'autre part, en se référant à des programmes, tel que « Transformer notre monde », adopté à l’unanimité par l’assemblée générale de l’ONU, le 25 septembre 2015. Celui-ci indique 17 objectifs de développement durable à atteindre d’ici 2030 et décrit 169 cibles prioritaires.

Le paragraphe trois en résume l’esprit :

Nous [chefs d’État et de gouvernement et hauts représentants] sommes résolus à éliminer la pauvreté et la faim partout dans le monde d’ici à 2030 ; à combattre les inégalités qui existent dans les pays et d’un pays à l’autre ; à édifier des sociétés pacifiques et justes, où chacun a sa place ; à protéger les droits de l’homme et à favoriser l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes et des filles ; à protéger durablement la planète et ses ressources naturelles. Nous sommes résolus également à créer les conditions nécessaires à une croissance économique soutenue qui profitera à tous et s’inscrira dans la durée, au partage de la prospérité et au respect du principe d’un travail décent pour tous, compte tenu des différents niveaux de développement national et des capacités des pays.

Dans ce cadre, les universités engagées dans ce projet UNESCO-UNITWIN auraient pour première mission d’effectuer une critique des notions sur lesquelles se fondent les actuelles interventions de guidance en employabilité (employabilité, flexibilité, compétences, etc.).

Pour un autre développement : universel, humain, durable

Elles devraient aussi construire de nouveaux concepts – correspondant aux enjeux d’un développement universel, humain, équitable, et durable – sur la base desquels élaborer des interventions d’accompagnement renouvelées. Des notions telles que « vie active », «formes de vie», « empreinte écologique », « systèmes d’échanges locaux », etc., pourraient servir de base à la construction de tels concepts.

Ces analyses devraient permettre d’explorer plus avant les pistes que la Chaire Unesco de l’Université de Wroclaw, qui fut à l’origine de la création de ce réseau UNITWIN, a d’ores et déjà commencé à aborder. Parmi lesquelles :

  • Des ateliers d’éducation à l’orientation – destinés principalement à des jeunes – centrés sur les notions de travail décent et de développement durable.
  • Des formes de conseil individuel en orientation se focalisant sur la question : Par quelle vie active produire des biens et services échangeables contribuant au développement « d’une vie bonne, avec et pour autrui, dans des institutions justes assurant la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre » (c’est-à-dire : d’une vie correspondant à une éthique de la responsabilité au sens de Hans Jonas et Paul Ricoeur) ?
  • Des groupes de réflexion portant sur la faisabilité, dans un contexte défini, de systèmes de production et d’échanges locaux ayant une plus faible empreinte écologique que des systèmes commerciaux plus larges.

Les analyses de 18 équipes de chercheurs provenant du monde entier, travaillant en commun, devraient permettre d’élargir sensiblement cette gamme de propositions.

Par Jean Guichard,
Professeur émérite de Psychologie au Cnam,
Membre du Centre de recherche sur le travail et le développement (CRTD)
Professeur titulaire jusqu’en 2017 de la chaire UNESCO « Orientation et conseil tout au long de la vie » de l’Université de Wroclaw (Pologne)


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