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La Smart City, ville inclusive ?

Par Maxime Schirrer, maître de conférences au Cnam

Publié le 11 juin 2018 Mis à jour le 13 juin 2018

La Smart City, cette ville intelligente où l’ensemble des infrastructures sont optimisées pour le bien-être des citoyens, est au centre de la révolution numérique en cours. Pour autant, est-elle vectrice d’une meilleure justice sociale ou porteuse d’un nouveau contrat social ? Retour sur une définition.

© jc-gellidon - Unplash

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Si l’on considère que la matérialisation de la société se retrouve dans l’organisation de la ville, évoquer la société inclusive, c’est assurément aborder la question de la ville inclusive. Par ailleurs, à l’aune de la révolution numérique, le rapprochement entre numérisation de la ville et son inclusion parait être un mariage d’opportunité, si ce n’est de raison. En tout cas, un mariage d’actualité au regard de l’abondante littérature provenant de la presse et des milieux professionnels de l’aménagement et de l’urbanisme ! La réalité n’est pas si évidente, d’où la question : la Smart City est-elle une ville inclusive ?

La notion de ville inclusive est en soi discutable. Par définition, une ville inclusive serait une ville opposée à l’exclusivité qu’elle soit d’ordre économique ou sociale. Par exemple, une ville inclusive serait une ville opposée à des phénomènes urbains comme les gated communities, ces résidences fermées dans lesquelles les habitants sont tous de mêmes conditions sociales et œuvrent ensemble pour rester dans un entre-soi impénétrable. Or, force est de constater que ce type de quartier fermé est un phénomène mondial en voie de dissémination. Grrrr !

Ville inclusive, mythe urbain ?

Depuis que les praticiens de la ville ont recours à la notion de ville inclusive, celle de la cohésion sociale tend à disparaître. Et pourtant, sa signification est bien plus claire. Alors parle-t-on de la même chose ? La ville inclusive serait-elle une ville qui prend en compte les besoins de l’ensemble de la population composant la ville ? Ce concept, sorte de nouveau mot d’ordre de pratique urbaine, est le produit de discours de politique publique territoriale qui ne trouve pas nécessairement une concrétisation dans la réalisation de projets urbains. C’est-à-dire de la vraie vie.

Il y a un décalage entre le discours qui est porté sur ce que devrait être une ville inclusive et la réalité urbaine qui généralise des ensembles urbains disparates, inégalitaires, et pour le coup, non inclusifs. Derrière cette idée de ville inclusive, il y a l’idée de justice sociale. Ainsi, pour reprendre le titre de cette contribution, la Smart City est-elle en capacité d’apporter une meilleure justice sociale ? Le fait d’avoir un ensemble de capteurs permet-il d’avoir un espace plus équitable envers tous ? Rien n’est moins sûr, car la question de la justice sociale repose d’abord sur des choix qui restent déterminés par des convictions politiques.

Si l’on regarde les exemples de Smart City en cours de réalisation, de Songdo en Corée du Sud, à Masdar aux Émirats arabes unis, la ville informatisée du futur ne semble pas faite pour les populations les plus fragilisées. L’aspect foncier reste un facteur déterminant qui sélectionne de manière naturelle les prétendants en fonction de leurs revenus et de leurs professions.

Des villes plus accessibles ?

Toutefois, la ville inclusive peut être compris dans le sens de la Déclaration de Madrid de 2002 du Congrès européen des personnes handicapées. Dans cette perspective, la ville de l’inclusion remplace la ville de l’intégration. Dans le cadre d’une anthropologie du handicap, la ville inclusive, surtout aidée des outils informatiques, permet effectivement une nouvelle accessibilité de l’espace urbain pour des usagers qui ne pouvaient pas le pratiquer il y a une à deux décennies.

C’est dans cette perspective de mixité urbaine et sociale qu’il convient de lire les politiques d’innovation des villes. Toutes portent un objectif d’inclusion sociale. De manière conceptuelle, cela interroge la ville face aux conditions d’émergence d’un nouveau contrat social qui soit adapté aux nouveaux modes de communication. Dans une société de plus en plus individualiste mais qui connaît également de nouveaux modes de sociabilité, de nouvelles solidarités socio-territoriales se construisent, quand de nouvelles formes d’exclusion apparaissent. Comment faire en sorte que les villes ne contribuent pas à renforcer les oppositions préexistantes entre population hyperconnectée et population en marge du numérique et de l’innovation ? Toute la question est là.

Par Maxime Schirrer,
maître de conférences au Cnam,
géographe spécialiste du fait urbain,
membre du Laboratoire interdisciplinaire de recherche en sciences de l'action (Lirsa).


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