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Les nouvelles technologies au service des personnes âgées

Elisabeth Métais, professeure des universités au Cnam

Publié le 26 juin 2018 Mis à jour le 7 novembre 2018

Robotique, intelligence artificielle, réalité augmentée… autant de solutions technologiques pour pallier les handicaps liés à la diminution des capacités motrices, sensorielles, cognitives, et surtout mnésiques des personnes âgées.

© cristian-newman-unsplash

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Chez les personnes jeunes, les problèmes de mémoire consistent à se rappeler de faits passés et futurs (les choses à faire, alertes, planification). Au contraire, chez les personnes âgées, les problèmes de mémoire les plus handicapants concernent le moment présent : «Où suis-je ?», «Ai-je effectué telle action ?», «Que suis-je en train de faire ?», «Qui est la personne en face de moi ?». Prenons l’exemple d’une prise de médicament : une personne jeune risque d’oublier de le prendre ; il suffit de le lui rappeler.

En revanche, une personne âgée souffrant de dégénérescence mnésique va plutôt le prendre plusieurs fois, ne se rappelant pas qu’elle l’a déjà fait. Il faut donc un dispositif qui va l’alerter pour prendre son médicament, mais surtout qui soit capable de vérifier si l’action a été accomplie.

En ce sens, un certain nombre de technologies innovantes nous semblent pertinentes pour aider les personnes âgées.

  • Les robots

Multiformes, les robots peuvent être assez forts pour soulever une personne, assez agiles pour monter un escalier, précis pour verser un verre de jus d’orange, et d’apparence étudiée pour susciter l’attachement. Particulièrement prisés au Japon, les robots d’accompagnement sont à l’essai en France. L’intelligence artificielle ouvre aussi la voie à des systèmes d’aide à la décision en temps réel à partir d’un grand nombre de données, des systèmes de reconnaissance visuelle ou vocale allant jusqu’à identifier un visage ou une voix.

  • La réalité augmentée

En ajoutant via le port de lunettes ou de lentilles, des renseignements sur les images du monde réel (nom des bâtiments, des personnes), la réalité augmentée est un bon support à l’identification. Elle peut également aider les personnes mal voyantes en leur décrivant vocalement les formes et les couleurs des objets environnants.

  • La géolocalisation

Quant à la géolocalisation, elle offre la possibilité de retrouver une personne errante grâce à son bracelet « anti-fuite » ou de détecter qu’elle tombe grâce à son bracelet « anti-chute ». Un navigateur GPS intégré au déambulateur peut aider à regagner le domicile par un signal sur la poignée gauche ou la poignée droite. La géolocalisation intégrée à un aide-mémoire lance les alertes au bon moment : par exemple, rappeler d’acheter du pain, à proximité de la boulangerie.

  • Les systèmes AAL

Destinés à équiper la maison d’une personne dépendante, les systèmes Ambient Assisted Living (AAL) permettront de surveiller à distance la personne âgée et de détecter tout comportement anormal.

  • Étiquettes RFID

Clés, lunettes ou autre objet perdu peuvent être retrouvés grâce aux étiquettes RFID (Radio Frequency Identification) ou dupliqués avec une imprimante 3D.

  • La caméra de lifelogging

Mais de toutes ces aides, c’est la caméra de lifelogging, caméra embarquée qui enregistre en continu et envoie les données à un algorithme sophistiqué de traitement d’images, qui me semble la plus utile. Elle permet un regard sur les actions effectuées à l’instant, palliant ainsi la défaillance de leur mémoire immédiate : « où ai-je posé mes lunettes ? », « ai-je pris mon médicament ? », « ai-je mis de la levure dans la pâte ? ». Par ailleurs, une prothèse de mémoire est actuellement en cours d’élaboration par nos soins (Métais et al. 2016). Son but : gérer intelligemment les informations sur l’entourage de la personne, et constituer un système d’information personnel.

Bientôt un chien guide augmenté ?

Technologie et affectif ne sont pas nécessairement antinomiques. Nous avons proposé (Métais et al., 2015) une solution novatrice alternative au robot : le concept de « chien guide d’Alzheimer » ou « chien augmenté ». Ce canidé guidera son maître grâce à la technologie GPS. Pour cela, le chien sera revêtu d’un manteau connecté capable de lui envoyer de petites impulsions pour lui indiquer le chemin. Outre des services tels que l’alerte en cas de chute, le chien apportera tout l’effet bénéfique d’un animal de compagnie pour une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer.

Par Elisabeth Métais,
professeure des universités au Cnam,
membre du Centre d'études et de recherche en informatique et communications (Cedric).

[1] E. Métais, F. Hamdi, N. Lammari, D. Nakache, F. Ghorbel, N. Ellouze, N. Herradi, A. Soukane, « Vers un système d’information personnel pour l’aide à la dégénérescence de mémoire », dans Ingénierie et management des systèmes d’information, Décembre 2016, Cepadues, pp. 227-241.

[2] E. Métais, F. Ghorbel, N. Herradi, F. Hamdi, N. Lammari, D. Nakache, N. Ellouze, F. Gargouri, A. Soukane, « Memory Prosthesis », dans Nonpharmacological Therapies in Dementia, vol. 3(2), 2015, pp. 177-180.


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