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Le logo Nutri-Score, un nouvel étiquetage pour mieux informer sur la qualité nutritionnelle des aliments

Interview de Serge Hercberg, directeur de l'Équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle et président du Programme national nutrition santé

Publié le 22 janvier 2018 Mis à jour le 26 janvier 2018

Fin 2017, le gouvernement a officialisé la mise en place du logo Nutri-Score, qui va progressivement apparaître sur la face avant des emballages des produits alimentaires. L’épidémiologiste Serge Hercberg, président du Programme national nutrition santé, nous éclaire sur ce nouvel étiquetage nutritionnel qu’il a élaboré avec son équipe de recherche.

© Alexas_Fotos - Pixabay

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Les emballages des produits industriels présentaient déjà un tableau des valeurs nutritionnelles. Dans quelle mesure ce nouveau marquage était-il nécessaire ?

Le logo Nutri-Score apparaît aujourd’hui indispensable : en effet, le tableau des valeurs énergétiques et des concentrations en nutriments présent au dos des emballages est souvent illisible et incompréhensible pour les consommateurs. Il présente avec des termes ésotériques, des pourcentages et des chiffres très difficiles à interpréter. Ceci ressort parfaitement des études menées à ce sujet : 82 % des français le jugent incompréhensible [1].

Aussi, afin d’orienter le consommateur vers des aliments plus sains, il est souhaitable de lui fournir une information synthétique, simple, intuitive et compréhensible. Avec le logo coloriel Nutri-Score, placé sur la face avant des emballages alimentaires, il peut juger de la qualité nutritionnelle des produits et les comparer entre eux. Le logo permettra notamment de comparer facilement à la fois les différences de qualité nutritionnelle entre catégories d’aliments, à l’intérieur d’une même catégorie, et entre différentes marques, pour un même aliment.

Logo Nutri-Score

Ce logo vaut pour les produits industriels, aussi dits transformés. Un enjeu d’autant plus important qu’ils représentent environ 70% à 80% des aliments consommés par les Français ! Il suffit de se promener dans un supermarché pour saisir leur importance dans notre mode de vie. S’il est recommandé de manger des produits bruts, notre société est marquée par l’influence de ces produits mis à la disposition des consommateurs. Il est donc essentiel de bénéficier d’une information transparente sur ces aliments pour pouvoir avoir la possibilité de choisir ceux qui ont la composition nutritionnelle la plus favorable.

Plus encore, Nutri-Score a également vocation à jouer un rôle incitatif auprès des industriels, qui pour ne pas être pénalisés avec des produits présentant un moins bon score par rapport à leurs concurrents, devront reformuler leurs recettes afin d’en améliorer la qualité nutritionnelle. C’est un axe important de la politique de santé publique.

En quoi la qualité nutritionnelle des aliments est-elle un enjeu de santé publique ?

La qualité nutritionnelle des aliments est d’autant plus importante que la nutrition est un facteur déterminant de santé. Elle est l’un des facteurs de risque ou de protection vis-à-vis de maladies chroniques aussi importantes que l’obésité, le surpoids, le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires, l’hypertension artérielle, et certains cancers... Si le développement de ces maladies repose aussi sur de multiples facteurs comme l’hérédité ou le métabolisme, les facteurs environnementaux parmi lesquels se trouvent l’activité physique et l’alimentation, en d’autres termes la nutrition, sont des éléments sur lesquels nous pouvons agir au niveau individuel ou au niveau collectif. Mais encore faut-il posséder les codes pour améliorer le contenu de son assiette !

Comment ce score est-il attribué aux produits ?

Pour attribuer à chaque produit un score unique, le Nutri-Score prend en compte la liste des composants nutritionnels et les valeurs nutritionnelles, rendus obligatoires par l’Union européenne sur les étiquettes : c’est-à-dire l’énergie, le sucre, les graisses saturées, le sel. Le score va éventuellement être minoré par la présence de nutriments ou aliments à favoriser comme les fibres, les protéines ou le pourcentage de fruits et de légumes… Le calcul lui-même fait appel à un algorithme, initialement élaboré par une équipe de recherche d’Oxford et adapté aux spécificités de notre alimentation. C’est le Haut conseil de la santé publique qui a établi les grilles d’attribution des points qui nous permettent ensuite de donner à chaque produit une lettre et une couleur (allant du vert, le plus favorable au rouge, le plus défavorable). Ce score est déterminé de façon transparente (et donc vérifiable par tous), puisque l’équation elle-même est publique.

La réglementation européenne ne permettant pas de rendre obligatoire ce dispositif, certaines multinationales de l’industrie agroalimentaire refusent d’apposer le logo Nutri-Score sur l’emballage de leurs produits. Plusieurs d’entre elles présentent même un système concurrent en s’appuyant sur l’exemple du marquage utilisé en Angleterre et en Irlande. En quoi celui-ci vous semble-t-il moins bon ?

Malgré l’évidence des données scientifiques, son choix par les autorités de santé publique françaises et le soutien des associations de consommateurs, six grandes multinationales (Coca-Cola, Mars, Mondelez, Nestlé, PepsiCo et Unilever) refusent encore le Nutri-Score. Elles proposent une alternative d’origine anglaise proposée il y a plus de 10 ans, [le Nutri couleurs, connu sous le nom de "Traffic Lights", ndlr.]. Or, lors de multiples études, il a été prouvé que cette solution non seulement était moins bien comprise par le consommateur que ne l’était le Nutri-Score mais impactait aussi moins les comportements des consommateurs. Au lieu d’attribuer une seule couleur pour l’ensemble du produit, le Traffic Lights prévoit d’octroyer une couleur aux cinq éléments majeurs de l’aliment : niveau calorique, matières grasses, acides gras saturés, sel, sucre. Ce qui est source de confusion ! Comment interpréter les résultats d’un produit qui affiche deux verts, un orange, un rouge par rapport à un autre qui possède trois éléments verts et deux rouges ? Cette information est plus difficilement compréhensible lorsque l’on souhaite rapidement comparer les produits. À l’inverse, le Nutri-Score fournit une seule couleur qui résume la qualité nutritionnelle globale des aliments.

Mais il y a plus, les industriels ne se sont pas contentés de reprendre le système anglais qui est déjà dépassé, ils l’ont également détourné : l’attribution des couleurs se fait non plus sur 100 grammes mais en fonction d’une portion, dont ils établissent eux-mêmes la quantité. Il suffit d’abaisser cette quantité pour changer de couleur et ainsi minimiser les aspects défavorables de l’aliment…

Pour contrer ce mouvement, une pétition signée par 40 sociétés savantes, associations de consommateurs et de patients circule actuellement en ligne. Elle dénonce le brouillage de ce système.

Cependant, plusieurs enseignes de la grande distribution comme Auchan, Intermarché, Leclerc, Carrefour, et les marques Fleury-Michon, Danone et McCain, convaincus par les résultats des études sur la pertinence du logo Nutri-Score, ont quant à elles fini par accepter de jouer la transparence et de l’apposer sur leurs produits.

Par ailleurs, cette année, le débat sera rouvert au niveau européen. La France va soutenir la généralisation du Nutri-Score à l’ensemble de l’Union européenne et l’introduction de son caractère obligatoire.

Ce logo est-il suffisant pour permettre une alimentation équilibrée ?

Un logo nutritionnel ne suffit pas à résoudre tous les problèmes nutritionnels. Il constitue un élément dans la politique nutritionnelle de santé publique en France. Changer les comportements alimentaires passe par une meilleure information. Le Nutri-Score y contribue, - mais il faut rester humble, il n’est pas complet sur tous les niveaux. Les aliments peuvent contenir des contaminants [provenant de l’agriculture ou de l’environnement industriel : résidus de pesticides, d’antibiotiques ou des métaux lourds, ndlr.] ou des additifs. Ceux-ci ne sont pas pris en compte. À cela, s’ajoutent les problèmes d’accessibilité économique des produits pour les populations les plus défavorisées ou l’attrait de certains produits, créé par le marketing et la publicité.

Propos recueillis par Aurélie Verneau,
rédactrice à la direction nationale de la communication du Cnam

Les missions sur Programme national nutrition santé

Né en 2001 sous forme de plans quinquennaux, le Programme national nutrition santé a pour vocation d’améliorer la santé en jouant sur la nutrition : entendue comme l’équilibre entre les apports liés à l’alimentation et les dépenses liées à l’activité physique.

"La quatrième étape du Programme 2018-2022 (PNNS4) est actuellement en cours de discussion. Outre la définition de nouveaux repères alimentaires, le Haut conseil de la santé publique a proposé plusieurs actions visant la publicité portant sur des aliments nutritionnels peu bénéfiques, l’accessibilité économique des aliments (subventionner les aliments de qualité ou taxer ceux qui au contraire ne le sont pas), etc. Le Gouvernement puisera dans ces propositions pour mettre en place une politique nutritionnelle ambitieuse répondant aux enjeux de la santé publique", explique Serge Hercberg.

[1] https://www.inc-conso.fr/content/manger-plus-equilibre-et-si-letiquetage-nutritionnel-nous-y-aidait-avec-lufc-que-choisir


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