Valeriia, réfugiée ukrainienne : "Ici, je me sens en sécurité : je peux m’exprimer librement"

Témoignage

Publié le 4 juillet 2017 Mis à jour le 4 juillet 2017

Valeriia, allure studieuse et visage ouvert, met à mal les clichés qui courent sur les réfugiés. Cette Ukrainienne de 31 ans est arrivée en France, pays dont elle chérissait la culture, voici un an et demi. Son objectif : fuir la répression qui sévissait dans sa région du Donbass, aux portes de la Russie. Depuis, soutenue par l’Association Pierre-Claver, elle affûte ses connaissances en programmation Web sur les bancs du Cnam.

Printemps 2014. Sous l’impulsion de séparatistes pro-russes, la ville de Louhansk, à l’est de l’Ukraine, se déclare République populaire de Louhansk. Dans cette immense ville, peuplée de quelque 400 000 habitants en 2013, les combats font rage. Les activistes de la Révolution de Maïdan sont pourchassés, des militants associatifs arrêtés. À l’époque, Valeriia travaille en tant que graphiste pour une maison d’édition. Membre d’une association qui s’engage pacifiquement pour défendre la liberté de parole et révéler la réalité de la révolution, elle craint pour sa sécurité. « Certains de mes amis ont été arrêtés et torturés…, raconte-t-elle. J’ai été forcée de quitter mon pays. »
Ce sera la France, pays que cette férue de culture française a déjà visité à deux reprises. « J’ai passé beaucoup de temps à l’Alliance française de ma ville. Je connaissais des traditions, des artistes, des films français… J’adore l’humour d’Astérix et Obélix – Mission Cléopâtre ! » Le visa qu’elle a fait établir quelques mois plus tôt dans l’optique d’un futur séjour dans l’Hexagone, lui servira de porte d’entrée, légale.


Parcours du combattant

En août 2014, la jeune femme arrive à Paris. Elle est seule, ne connaît personne, ne parle pas français. Commence alors un long parcours du combattant. Sans ressources, car sa carte bancaire a été bloquée, elle dort pendant plusieurs jours dans la rue. « Et puis, j’ai trouvé une place dans un foyer pour femmes », avant d’obtenir le soutien du Service jésuite des réfugiés (JRS). Valeriia est hébergée dans quatre familles d’accueil. « J’ai eu la chance de voir des modes de vie différents. Ça m’a beaucoup aidé pour m’intégrer. » En février 2015, JRS lui présente l’Association Pierre-Claver, où elle s’attelle à l’apprentissage du français. Pour apprendre avec l’alphabet latin si différent du cyrillique, sa connaissance de l’anglais lui est alors bien utile ! Au fil des mois, des liens forts se nouent avec les différents membres de l’association : « C’est ma famille. J’aime son ambiance très amicale. »
Aidée par l’association France terre d’asile dans ses démarches administratives, la jeune femme dépose son dossier de demande d’asile. Dix mois s’écouleront avant qu’elle n’obtienne le statut de réfugiée, en novembre 2015. « Il fallait trouver un logement, des moyens pour vivre… En tant que demandeur d’asile, on n’a pas le droit de travailler durant les neufs premiers mois. C’est horrible de rester inactive pendant tout ce temps. »
Une fois son statut accordé, le chemin vers le travail reste semé d’embûches : « J’ai un master 2 de graphiste designer, obtenu en 2007 à l’Université de Louhansk. Mais, Pôle emploi ne voulait prendre en compte ni ma formation ni mon expérience. »


Apprentissage du français le jour, programmation Web le soir

Inspirée par son camarade Milad, inscrit au Conservatoire dès septembre dernier, elle décide d’emprunter cette voie pour acquérir de nouvelles compétences. Depuis mars 2016, elle y suit, toujours avec le soutien de l’Association Pierre-Claver, des cours du soir de programmation Web : « J’ai étudié la programmation à l’université mais sans l’utiliser. Or ma profession de graphiste a maintenant beaucoup de liens avec Internet. J’aime la pédagogie du Cnam, avec beaucoup de travaux pratiques. Et ainsi, j’ai le temps d’étudier le français en journée, à Pierre-Claver. »
Les préjugés qui pèsent sur les migrants la font bondir : « Certains nous voient comme des personnes sans éducation, venues en France pour avoir de l’argent, ou des terroristes. Lorsque j’explique que je suis allée à l’université et qu’en Ukraine, j’avais un bon salaire et un appartement, les gens sont étonnés que je sois partie… ! » Et pourtant, elle qui peine si souvent à rentrer en contact avec sa famille restée en Ukraine, ne regrette pas son choix : « Ici, je me sens en sécurité : je peux m’exprimer librement ! Je peux me sentir citoyenne. »