• Climat,
  • Eau,
  • Environnement,
  • Terre,

Changements de climat massifs et migrations

Décryptage

Publié le 13 juillet 2017 Mis à jour le 13 juillet 2017

Professeur du Cnam, Michel Bera expose, à l'appui des exemples du passé, les liens entre changements de climat et migrations de population.

© Nikita Golubev & Freepik - Flaticon

© Nikita Golubev & Freepik - Flaticon

Les changements de climat du passé ont provoqué la disparition de nombreuses espèces, des migrations de populations et des changements significatifs sur les surfaces terrestres comme sur la circulation des courants océaniques. L’Holocène, période géologique relativement chaude s’étendant de 11500 BP (before Physics : 1er janvier 1950) à nos jours, a ainsi été marqué par plusieurs événements qui ont provoqué des changements de climat massifs. Bien après Göbekli Tepe (12 000 BP), le « premier temple » selon l’archéologue Klaus Schmidt, c’est par exemple en 8 200 BP que l’immense lac Agassiz (estimé à 40-150000 km3 d’eau) se jette brutalement dans la mer au nord du Canada, provoquant une chute massive des températures (5°C) sur l’hémisphère nord. Les populations migrent alors vers le sud, comme en Mésopotamie, et c’est peut-être là la naissance du mythe du Paradis terrestre perdu. De même, c’est très probablement l’impact d’un astéroïde vers 4 200 BP [1] qui provoqua un refroidissement massif et l’effondrement des empires et des civilisations sur l’ensemble de la planète.

D’autres scientifiques [2] estiment que le niveau actuel des températures est bien inférieur à celui des maxima des 12000 dernières années. Nous sortons d’un mini-âge de glace. Et les « swings » de température sont très rapides (200 ans pour la remontée après l’événement 8200 BP).

Nous vivons une période de changement de climat massif. En effet, selon la Royal Society britannique [3] :

  • la température de la surface de la Terre a augmenté de 0.8°C depuis 1900;
  • la concentration de CO2 a augmenté de 40% depuis la Révolution industrielle ;
  • depuis 1970, le soleil n’a pas émis plus d’énergie vers la Terre, alors que celle-ci s’est réchauffée ;
  • le niveau actuel de CO2 est actuellement supérieur à tous ceux constatés sur le dernier million d’années par les mesures de carottes de glace au Groenland et en Antarctique. La concentration de CO2 était cependant supérieure il y a plusieurs millions d’années, époques ou la température et le niveau des océans étaient également bien plus élevés qu’aujourd’hui.

Il faut s’attendre à une hausse de température, « si rien n’est fait », de 2,6 à 4,8°C. Et, même si « on arrête tout aujourd’hui », le CO2 ne s’éliminera qu’en quelques milliers d’années. Nous assisterons donc sans doute à des mouvements de migration massifs, portant sur une partie significative de la population de la Terre, qui est aujourd’hui de sept milliards d’habitants.

[1] Dalfes et al., Third Millenium BC Climate Change and Old Wolrd Collapse, Dalfes; 1997.

[2]  Koutsyiannis D., EUREAU Workshop et Brevik E., Burges L., Soils and Human Health, CRC Press, 2012.

[3] A Short Guide To Climate Science, The Royal Society, feb. 2014


Picto label thématiques articles Cnam Blog Climat Eau Environnement Terre