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Quels enjeux pour l’interface Homme-Données ?

Publié le 5 octobre 2017 Mis à jour le 5 octobre 2017

Nées dans le giron américain, les cyberinfrastructures au service de la recherche en sciences humaines et sociales sont aujourd’hui bien établies en France. Au-delà d’une intégration du numérique aux enseignements supérieurs, un nouveau champ d’études s’est aujourd’hui ouvert interrogeant sur les changements induits par les données massives dans les activités humaines.

Les humanités numériques s’inscrivent, de façon originelle, dans le mouvement plus large de la e-sciences, la science fortement « hybridée » par les technologies numériques, tant pour le travail intellectuel du chercheur que pour la diffusion et la circulation des savoirs.

Pour poser le contexte et être fidèle à la genèse du concept d’humanités numériques, rappelons que les premiers développements significatifs des « cyber-infrastructures de la recherche » naissent, au début des années 2000, aux États-Unis avec la National Science Foundation (NSF) et au Royaume-Uni avec l’Office of Science and Innovation (OSI).

D’abord par et pour les sciences exactes, elles seront étendues aux sciences humaines et sociales (SHS). Concernant ces dernières, le rôle précurseur des agences et des fondations américaines fut majeur : le National Endowment for the Humanities crée l’ODH (Office of Digital Humanities) en 2008, le National Endowment for the Arts et Institute of Museum and Library Services en charge du soutien aux musées et aux bibliothèques, la fondation Andrew W. Mellon, l’American Council of Learned Societies publie un document de référence.

Au niveau européen, le septième programme cadre de recherche et développement (PCRD, principal instrument communautaire de financement de la recherche) inscrit, en 2006, à sa feuille de route 35 projets d’infrastructures dont cinq en SHS :

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La France enclenche alors, à la même époque, ses propres projets de grandes infrastructures digitales dont le très grand équipement (TGE) Adonis pour les SHS, devenu depuis Huma-Num, qui vise à faciliter le tournant numérique de la recherche en sciences humaines et sociales.

Les humanités numériques creusent leur place dans les enseignements

La transformation digitale des SHS est aujourd’hui sérieusement considérée dans les universités et des enseignements dédiés au numérique ont été insérés dans de nombreux cursus. L’intégration se limite très souvent à « appareiller » les disciplines établies avec des sources, des corpus numériques, des logiciels de traitement, des expérimentations de nouvelles formes éditoriales enrichies… Ceci n’est pas très nouveau, ces savoir-faire étaient déjà représentés par les spécialistes de l’ingénierie documentaire notamment.

Une autre dimension plus transversale et plus fondamentale s’interroge sur les enjeux et sur les questions politiques, éthiques et épistémologiques que pose le croisement accéléré du numérique avec les activités humaines. Dans cette dimension des humanités numériques, il ne s’agit plus uniquement d’appareiller les SHS mais d’ouvrir un nouveau champ de travail, très interdisciplinaire, partagé entre une épistémologie constructiviste et une épistémologie critique propre aux SHS.

Dans ce renouvellement, la dimension des données massives est centrale car le déluge de données structurées et non structurées marque profondément notre temps, remodelant les façons de penser et d’agir.

L’interface Homme-Données est une problématique dont le Cnam se saisit à différents niveaux dans son offre de formation et dans ses laboratoires, notamment au Centre d’études et de recherche en informatique et communications (Cedric) et au sein du Dispositifs d’information et de communication à l’ère numérique (Dicen-IDF). Le nouveau master Mégadonnées et analyse sociale (Medas) du Conservatoire, en partenariat avec Paris-1, s’inscrit dans cette vision, liant sciences de l’ingénieur et sciences humaines, de façon transversale aux autres champs scientifiques. L’enjeu est double : d’une part, former des étudiants au traitement de la donnée, à ses savoir-faire (et en particulier les étudiants de sciences humaines et sociales) mais aussi savoir contextualiser les données dans des dimensions éthiques, stratégiques et politiques. Faire « parler les données » avec des exigences d’acceptabilité et de création de valeurs partagées est l’objectif poursuivi. La richesse de cette problématique devrait décloisonner les disciplines et ouvrir des voies inédites de coopération.

Par Ghislaine Chartron,
professeure du Cnam,
Chaire Ingénierie documentaire


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