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Un pas assuré dans la cour des meilleurs jeux vidéo indépendants

Interview de Géraud de Courrèges, co-créateur du jeu vidéo Un pas fragile

Publié le 24 mars 2017 Mis à jour le 28 juin 2017

Ils sont quatre étudiant·e·s issu·e·s l’école nationale du jeu et des médias interactifs numériques (Cnam-Enjmin), encore ému·e·s par leur belle victoire. Le 1er mars, ils ont en effet raflé le prix du Best Student Game pour leur jeu vidéo Un pas fragile, au prestigieux Independent Games festival, dont les récompenses font référence. Une première française !

© Alisée Preud'homme, Grégory Parisi, Géraud de Courrèges et Gaspard Morel

© Alisée Preud'homme, Grégory Parisi, Géraud de Courrèges et Gaspard Morel

Un Pas fragile est né lors d’un projet de master à l’Enjmin (promo 2014-2016). Comment vous êtes-vous répartis sa conception ?

Pour ce jeu Un Pas fragile, nous étions quatre à travailler de manière plus ou moins régulière. Nos artistes, Alisée Preud'homme et Grégory Parisi ont tous les deux travaillé sur la direction artistique du jeu. Alisée a ensuite réalisé toutes les animations ; elle a créé une grande partie des personnages. Grégory s’est occupé de l'ensemble des backgrounds tout en inventant lui aussi quelques personnages. L'un et l'autre ont suivi des formations artistiques, Alisée en histoire de l'art, à l’université et Gregory en arts plastiques à l'École européenne supérieure de l’image. Mais ce sont surtout des passionnés qui passent leur vie à dessiner et créer !
Gaspard Morel nous a suivi sur toute la durée du projet en participant à la recherche des scènes et à la conception du jeu. Il nous a aussi aidé à penser et élaborer l'identité sonore du jeu. C’est un spécialiste de ce domaine : Avant l'Enjmin, il a suivi un BTS audiovisuel de Bayonne, puis une licence professionnelle en Techniques et activités de l’image et du son à l’IUT d'Angoulême.
De mon côté, j'ai passé trois ans en école de game design, un an en école d'art, avant de travailler comme game/level designer en freelance une année durant. À la suite de ce parcours, je suis retourné étudier l'ergonomie du jeu vidéo à l'Enjmin. Dans le cadre de notre projet Un Pas Fragile j'avais le rôle de game designer et de programmeur. Cela veut dire que je passais mon temps à réfléchir aux scènes du jeu, à ce qu'elles racontent, à ce qu'elles permettent de faire et à comment j'allais recréer cela dans le moteur du jeu.


Vous avez développé ce jeu en deux mois et demi. Comment avez-vous réussi cela en si peu de temps ?

Nous avons passé environ un mois sur la phase de conception. Alisée et Grégory se sont alors plongés dans des recherches pour notre direction artistique, Gaspard a fait de même pour le son. De mon côté, j’ai réfléchi aux scènes et aux gameplays envisageables et à leur intégration dans notre moteur de jeu. Durant ce premier mois, nous nous sommes beaucoup réunis pour définir la direction du jeu. Puis nous sommes passés en production tout le mois et demi suivant. Nous avons énormément travaillé, souvent le weekend, pour réussir à produire l'ensemble des assets (c'est à dire les éléments graphiques et sonores qui habillent le jeu) ainsi que le design et le code en si peu de temps. Nous avons eu recours à plusieurs outils : Photoshop pour le graphisme, Construct 2 pour le code et Google Drive pour le design, la gestion de production et la communication de l'équipe. Et c'est seulement la dernière semaine que nous avons commencé à intégrer et ajuster le son.


Il s’agit d’un jeu très court dans lequel la joueuse ou le joueur accompagne Camille, une jeune grenouille rêvant de devenir ballerine. À qui est-il destiné ?

C'est une expérience d’environ dix minutes durant lesquelles le joueur va suivre une année de la vie de Camille. Il jouera le rôle de mentor pour l'aider à prendre confiance en elle et ainsi devenir une danseuse de ballet. Concrètement, c'est une suite de courtes séquences de jeu (une vingtaine) dans laquelle plusieurs gameplays ou jouabilités se mêlent, allant du puzzle au jeu de rythme en passant par des jouets physiques. Tous ont pour but d'amuser le joueur mais aussi de créer une connexion entre lui et Camille, notre petite grenouille. Si notre direction artistique et nos personnages donnent parfois l'impression d’un jeu uniquement destiné aux enfants, il n’en est rien. Un Pas fragile s’adresse à tous et toutes.


Dans Un pas fragile, la ou le joueur·euse est d’une scène à l’autre tour à tour spectateur·rice et mentor de Camille. Pourquoi avoir fait ce choix ?

Nous avons beaucoup réfléchi afin de savoir quelles scènes pourraient faire partie du quotidien de Camille et quelles interactions pourraient accompagner ces scènes. Pour nous, il était très important que les interactions du joueur avec l’héroïne soient diversifiées et que certaines d’entre elles cachent de petits choix implicites. Nous voulions créer un lien entre Camille et le joueur, afin que ce dernier ait le sentiment d’être son mentor, présent pour la pousser à aller de l’avant. Nous souhaitions aussi montrer que malgré l’aide du joueur, il était parfois impossible d’éviter les moments difficiles. Dans la dernière scène, nous avons cherché à faire comprendre que Camille était suffisamment grande et avait acquis assez confiance en elle pour s’émanciper du joueur. C’est la raison pour laquelle les dernières actions se font sans son intervention.

Le 1er mars, vous avez gagné le prix du meilleur jeu étudiant au prestigieux Independent Games Festival. Que représente-t-il pour vous ?

Ce prix était totalement inattendu pour nous, et il nous a fait beaucoup de bien. Il est parfois difficile d'aimer et de croire en son projet quand on n’en aperçoit plus que les imperfections. Gagner un prix à l'IGF nous a montré que notre jeu réussissait à toucher les gens et donc à atteindre l'objectif que nous nous étions fixés, et cela malgré ses défauts. Ce prix nous a aussi permis de passer une semaine de rêve à San Francisco, notamment en nous rapprochant des créateurs que nous admirons. Enfin, c'est une fierté d'avoir créé notre projet au sein d'une des rares écoles publiques (et donc quasi gratuites) pour le jeu vidéo !

Allez-vous commercialiser ce jeu ?

Nous sommes encore en pleine discussion sur cet aspect. Nous avons été approchés par des développeurs indépendants que nous apprécions et qui souhaitent nous aider à amener le jeu sur diverses plateformes (iOS, Android, PC). Dans tous les cas, le jeu sera disponible d'ici quelques mois dans une version légèrement remaniée et à petit prix (ou gratuite, ça reste à voir) !


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1 commentaire

  • 1

    De Jerome
    11/08/2017, 11:55

    J’avais entendu parler de ce jeu vidéo et également de ces quatre étudiants. Hélas, je suis passé totalement à côté ! Merci pour l’entretien qui m’a permis d’en apprendre plus sur ces jeunes gens à l’avenir prometteur.

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