Le numérique, nouvel eldorado de la formation

Publié le 11 juillet 2017 Mis à jour le 11 juillet 2017

La formation à distance existe depuis une centaine d’années, l’enseignement assisté par ordinateur a plus de trente ans et la formation en ligne presque vingt. Sans pour autant, jusqu’à présent, bouleverser notre système d’enseignement. Entre pseudo-solutions miracles et véritables innovations, la révolution numérique qui s’annonce sera-t-elle aussi la révolution, non seulement de notre manière d’apprendre,mais aussi d’enseigner ?

© Projet White

© Projet White

Il y a quelques années, certains commentateurs un peu trop enthousiastes annonçaient la mort de l’université traditionnelle et l’avènement de l’enseignement pour tous, libre, gratuit et à la carte. Les responsables ? Les Moocs, ces cours en ligne ouverts à tous. Pourtant, leurs défauts ont vite fait relativiser leur dangerosité : fragmentation excessive des contenus pédagogiques, adaptation délicate aux enseignements pratiques, difficiles à concilier avec des cursus complets menant à des diplômes… Mais leur plus gros défaut, comme la plupart des autres innovations liées aux technologies numériques (e-learning, jeux sérieux, sites web éducatifs) serait de court-circuiter l’« effet enseignant », dont l’importance est de plus en plus reconnue. Théorisé par des spécialistes en sciences de l’éducation, comme le néo-zélandais John Hattie, cet effet illustre l’amélioration des apprentissages en fonction des capacités de l’enseignant. Et plus particulièrement la manière d’introduire au bon moment de nouvelles idées, d’adapter son discours et les compétences mises en œuvre aux spécificités des apprenants et des situations.

Retournement de situation

Les technologies numériques appliquées à l’enseignement ne seraient donc que de la poudre aux yeux ? Bien au contraire. Ces outils bouleversent profondément la relation pédagogique. À l’inverse d’une salle de classe, l’enseignant se retrouve dans un espace ouvert, évalué sur la qualité pédagogique de ce qu’il propose, face à des étudiants qui ont accès à des ressources inépuisables. Bien sûr, ce système de « classe inversée » n’a pas attendu les innovations numériques pour exister mais l’intégration de ces nouveaux outils dans des formations hybrides est l’occasion de changer les pratiques pour unir le meilleur des deux mondes. Ce mélange de formation présentielle et à distance, qui se pratique déjà au Cnam, ne fait pas qu’ajouter de la souplesse par rapport aux horaires ou aux lieux de formation, mais construit un véritable apprentissage mixte et renforce le fameux « effet enseignant ».

Vers l’enseignant 2.0

Il n’est pas exagéré de dire que la qualité d’un enseignement se juge à la capacité de l’enseignant à se mettre à la place de ses élèves. Il leur transmet ainsi les outils dont ils ont besoin pour devenir eux-mêmes leurs propres enseignants. Un apprentissage réussi nécessite donc de l’observation mais aussi de l’adaptabilité. Or, ce sont justement sur ces points que les nouveaux outils numériques se révèlent particulièrement efficaces. Dans un Mooc, par exemple, apprenants et enseignants se regroupent grâce à Internet en véritables microsociétés. En interagissant horizontalement tout en étant guidés, ils sont orientés vers la démarche la plus adaptée à leur manière d’apprendre. Ce changement induit la nécessité pour l’enseignant de repenser profondément son rôle. Il ne peut plus se limiter à mettre en ligne des cours vaguement enrichis. En tant que responsable, il doit non seulement savoir « vendre » sa formation, mais aussi la faire vivre, et donc s’intéresser au marketing et au management de communauté. Sans oublier de prendre en compte les spécificités des techniques de captation audiovisuelle, les questions de copyright et la gestion des outils complémentaires: échanges par vidéo, discussion en direct ou sur forum, intégration des hang out, sorte de visio-conférences ponctuant les étapes clés de la formation. On le voit, derrière les questions de formation par le numérique, se trouvent celles de la formation au numérique, des étudiants comme des enseignants. Autrement dit, se reposer sur la technologie ne suffit pas, il faut d’abord aider les professeurs à tirer le meilleur de ces outils. Sinon, les technologies numériques ne seront qu’un moyen pour délivrer moins d’enseignement, avec moins d’enseignants.

Par Victor Haumesser