"Je ne joue pas, je travaille !"

Publié le 12 juillet 2017 Mis à jour le 14 juillet 2017

L’un, Guillaume Levieux, est informaticien, chercheur au Centre d’études et de recherche en informatique et communications (Cedric) et enseignant au Cnam-Enjmin. L’autre, Matthieu Montes, est enseignant-chercheur au sein du laboratoire de Génomique et bio-informatique (GBA) et vient d’obtenir un important financement du Conseil européen de la recherche. Binôme sur-efficace de la recherche au Cnam qui s’est rencontré au détour d’un couloir, voilà deux ans qu’ils travaillent et développent le projet Udock.

L’équation est simple : 1 chercheur en informatique + 1 chercheur en bio-informatique x 2 passionnés de jeux vidéo = Udock, un serious game sur la biologie structurale qui fera de vous un spécialiste du docking de protéines et d’eux, des chercheurs riches en données. Pour le joueur, Udock consiste en effet à avoir sous les yeux deux formes complexes représentées en 3D qu’il va falloir assembler. Pour cela, il utilisera des petits grappins permettant de les arrimer l’une à l’autre. Une fois cette tâche cognitivement intense effectuée, il pourra se détendre en voletant en vaisseau autour de cette nouvelle forme qu’il vient de créer.

Pour le scientifique, l’un des objectifs des jeux sérieux est la récupération de données, matière première qui, après tri, validation et analyse, permettra de tirer des conclusions et des enseignements. Avec Udock, il pourra ainsi voir si deux protéines sont assemblables et, le cas échéant, comment elles se combinent et interagissent. Les protéines, qui sont l’une des bases biologiques du vivant, fonctionnent en effet comme un véritable puzzle dynamique qui ne cesse de changer de forme. C’est le fonctionnement de cette machine biologique complexe, faite de réactions en chaîne et en perpétuel mouvement, que les biologistes cherchent à comprendre. Et si la recherche sur les protéines existe depuis longtemps, l’informatique l’a révolutionnée permettant de valider des résultats déjà existants ou d’accélérer de façon considérable les recherches en ce domaine et ce, pour un coût financier beaucoup moins élevé.

Repenser la notion d’outil

D’un point de vue plus philosophique, les jeux sérieux nous interrogent enfin sur nos façons de penser le jeu et l’outil. Les frontières de leurs définitions se brouillent et leurs fonctions s’entremêlent. Contrairement à l’outil tel que nous le pensons traditionnellement, Udock, créé dans le but d’effectuer une tâche bien précise, ne demandera pas à l’humain de s’adapter à lui. Dès sa conception, il aura été pensé en termes d’interactivité ou d’ergonomie : un outil amusant et agréable à utiliser. Un jeu, donc ! Quant au « sérieux », il est plus facile de mettre le doigt dessus car lors de la conception, toutes les protéines ont été modélisées. Il n’a pas été question, par exemple, d’écarter des formes trop complexes à simuler et c’est précisément en cela que tient la validité scientifique de ce projet. Udock et la démarche de nos deux chercheurs ont été validés par des articles scientifiques et récompensés par deux prix au concours International game competition for education and research. Aujourd’hui, en plus d’être une mine d’informations pour les chercheurs, il est utilisé comme outil pédagogique par des enseignants. Enfin, Udock est un projet représentatif de la recherche au Cnam dont les équipes, souvent petites, travaillent sur des projets d’envergure et font de l’interdisciplinarité une source de réussite.

Par Diane Tribout,
Responsable de la communication de la recherche


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