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Les minerais précieux ne font pas le bonheur du Katanga…

Sophie Grallet, directrice adjointe de la communication

Publié le 9 octobre 2018 Mis à jour le 7 novembre 2018

Avec 87,7 % de sa population en dessous du seuil de pauvreté et des inégalités très marquées, la République démocratique du Congo est un des pays les plus pauvres au monde. Pourtant, le sous-sol de sa province méridionale recèle de colossales ressources minières. Mais de ces richesses, les Katangais n’en profitent guère… L’exploitation illégale des minerais, les tensions ethniques génèrent des conflits persistants.

©Colin Delfosse

©Colin Delfosse

Considéré comme le « coffre-fort » de la République démocratique du Congo (RDC), le Katanga contribue jusqu’à 70 % du budget national. Son sous-sol compte en effet 10 % des réserves mondiales de cuivre, 34 % de celles du cobalt mais aussi du fer, du radium, de l’uranium, de l’or et même des diamants. Mais, bien loin de concourir à son bonheur, ses richesses ont surtout suscité la convoitise. À partir du XIXe siècle, des entreprises européennes, comme l’Union minière du haut Katanga1, exploitèrent ces ressources de façon intensive et n’hésitèrent pas à recruter des ouvriers originaires de différentes ethnies, notamment de la province du Kasaï. Des déplacements de population qui sont l’une des origines des tensions qui se perpétuent encore aujourd’hui.

Car, même si le fleuron industriel Gécamines s’est effondré dans les années 1990, aujourd’hui encore, « le sous-sol du Katanga est très riche en minerai, notamment en cobalt et en coltan, que l’on trouve dans tous les appareils électroniques » souligne Stéphane Biron, chef de mission au Katanga de Première Urgence Internationale. Quinze ans après l’installation de l’ONG, l’exploitation illégale des minerais demeure ainsi au cœur des conflits. Des groupes d’autodéfense, les Maï-Maï, créés pour résister aux forces gouvernementales congolaises, sont rémunérés par des compagnies étrangères pour protéger leurs carrés miniers. « Ces mercenaires se sont petit à petit transformés en bandes menées par des seigneurs de guerre, qui commettent les pires atrocités. J’ai pu ainsi voir tous les villages le long d’une route de 80 km détruits et brûlés, lors d’affrontements entre deux groupes ethniques » explique l’humanitaire. Ironie de l’histoire, les friches industrielles sont désormais investies par des personnes chassées de leur village, les squelettes de machines rouillées devenant les nouveaux terrains de jeu des enfants.

Après l’exil syrien au Liban et en Jordanie photographié par Édouard Élias, Première Urgence Internationale a fait appel à Colin Delfosse pour sensibiliser les publics au sort des 400 000 déplacés du Katanga. Le photographe connaît très bien la RDC puisqu’il y a réalisé, en 2007, un premier reportage sur les mines puis un deuxième, plus surprenant, sur les catcheurs congolais afin de donner « à voir un côté plus optimiste de ce pays connu sur le plan mondial pour ses richesses minières, ses guerres à répétitions et les atrocités qui y sont liées ».Cette fois, ses « modèles » ont en commun d’avoir fui devant les raids des Maï-Maï qui les ont privés, du jour au lendemain, de leur moyen de subsistance : « les personnes que j’ai photographiées vivent dans le dénouement le plus total […] La situation au Nord Katanga est dramatique — peut-être encore plus que dans d’autres zones de conflit en RDC, parce que la région est complètement enclavée ; et que les secours y ont difficilement accès ».

Ce reportage souligne aussi le travail effectué par l’ONG au Kantanga où elle apporte prioritairement aux populations son soutien dans le domaine de la santé pour faire face à l’une des plus importantes crises nutritionnelles mondiales. Elle tente également de mettre en place des activités génératrices de revenus notamment grâce à la formation ou à l’aide au montage de business plan.

1 : Compagnie belge qui sera nationalisée sous le nom de Générale des carrières et des mines (Gécamines) en 1966


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