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Au-delà de Lagaffe, Franquin inventait l’automobile du futur

Yvan Boude, rédacteur en chef du Cnam mag'

Publié le 20 avril 2016 Mis à jour le 20 mai 2019

André Franquin, dessinateur de Spirou et Fantasio, créateur de Gaston Lagaffe et du Marsupilami, premier lauréat du Grand prix d’Angoulême... est l’un des maîtres incontestés du neuvième art, au côté d’Hergé, Edgar P. Jacobs ou Hugo Pratt. Amateur de grosses cylindrées comme de design et d’innovation technologique, il est aussi certainement celui qui aura le premier mis la voiture de papier à l’honneur, jusqu’à concevoir la Turbotraction 1. Un cabriolet dont il a « très sérieusement étudié [la] forme en partant des travaux de Grégoire » et « conçu un modèle réduit en terre glaise [afin] de lui donner sa fluidité aérodynamique ».

Pourtant, les années passant, « la prolifération de l’espèce [lui rendit] l’automobile de moins en moins sympathique ». André Franquin, lecteur assidu de Sciences et vie et de nombreux magazines scientifiques, témoigne en effet d’un vif intérêt pour l’écologie et les énergies alternatives comme pour les contraintes nées de l’envahissement des villes par la voiture. À une époque où, faut-il le rappeler, les politiques tentaient plutôt d’adapter les agglomérations à l’automobile. Alors, face à une voiture qui devient, en se démocratisant, source de nuisances et de dangers, le dessinateur va rivaliser d’imagination pour trouver des solutions mêlant développement durable et innovations technologiques. 

Une Fiat 509 comme laboratoire expérimental

Paradoxe, il va choisir Gaston Lagaffe et sa Fiat 509, cette voiture qui suinte l’huile et l’essence autant qu’elle enfume malgré un moteur qui « tourne comme une horloge », comme ambassadeurs de ses idées. Et, si son héros commencera par donner à son véhicule « un petit air sport » grâce à des bandes latérales découpées dans des grilles de mots croisés, la bringuebalante Fiat deviendra très vite un véritable terrain d’expérimentation pour d’innombrables innovations.

« Obnubilé par la pollution urbaine », André Franquin exprimera aussi ses sentiments à travers le dessinateur Yves Lebrac, personnage de l’univers de Gaston dont il se sentait le plus proche. « J’avais deux beaux petits poumons. Maintenant, ce sont deux gros carburateurs » se plaint Lebrac auprès de Gaston. Et celui-ci de répliquer « quand on dit pollution, Gaston répond solution » en présentant à son collègue son moteur à pile Lagaffe... qui explose aussitôt !

Loin de se décourager, le « héros sans emploi » va multiplier les expérimentations : du moteur électrique (qui, à défaut d’accumulateur, doit rester branché à la prise de la salle de bains) au gazogène à charbon (lequel pollue autant qu’il explose mais offre l’avantage de se transformer en barbecue à l’arrêt) en passant par la voiture hybride à éolienne réversible (dont l’hélice fixée sur le toit dépasse malheureusement les capacités de résistance de l’antique automobile) et la propulsion par bonbonnes de gaz (qui, mal arrimées et trop puissantes, torpilleront finalement un fourgon de police). Et, si pour Gaston « le problème de l’énergie c’est fini ! » grâce à la mise au point du moteur à paperasse, c’est pourtant la seule voie qui semble aujourd’hui inexplorée par les chercheurs pour inventer le véhicule propre du futur.


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