Trois questions à Gilles Garel

Enquête sur l'innovation

Publié le 6 avril 2017 Mis à jour le 22 mai 2017

Gilles Garel est professeur du Conservatoire national des arts et métiers sur la chaire de gestion de l’innovation et chercheur au Laboratoire interdisciplinaire de recherches en sciences de l’action (Lirsa) du Cnam. Avec Loïc Petitgirard, maître de conférences en histoire des sciences et des techniques au Cnam, il a lancé le 9 janvier dernier, la première saison du Mooc Fabriquer l’innovation sur la plateforme Fun.

Quelles sont les grandes tendances de l’innovation aujourd’hui ?

Nous sommes dans une période de transition qui se caractérise par une intensification des innovations: elles sont plus nombreuses avec des cycles courts d’apparition, dans des champs ou des secteurs variés. Si nous parlons beaucoup des innovations « de rupture », c’est-à-dire celles qui remettent en cause l’identité des objets, au contraire des innovations de soutien qui viennent renforcer l’existant, elles ne représentent en réalité qu’une faible proportion du total des innovations mais marquent les enjeux de la transition. L’innovation technologique fait l’objet d’un véritable tropisme. En effet, la technologie fascine et représente des ruptures visibles : le transistor, le laser ou le GPS ont fini par arriver dans nos vies et engendrer de nouveaux usages. Songeons aux effets du Minitel sur la culture et les pratiques numériques des Français. Mais l’innovation technologique n’est qu’une partie du phénomène. Il ne faut pas en particulier réduire les innovations au champ numérique. Des innovations sociales, sportives ou culturelles participent aussi de la révision du dominant design. Pour engendrer la rupture, il faut modifier la fabrique même de l’innovation. Nous avons épuisé les effets des anciens systèmes productifs et des modes traditionnels de gestion de l’innovation. Or pour nos sociétés, l’enjeu est de comprendre le phénomène mais aussi de le réguler. Les listes des tendances contemporaines sont nombreuses, mais plutôt que de les recenser, c’est aux conséquences en matière d’action collective qu’il faut s’intéresser.

Quels sont les moteurs de l’innovation ?

De manière très générale, il existe deux «moteurs» indispensables : les connaissances et les concepts d’une part. Les connaissances sont très développées à notre époque et plus facilement accessibles et partageables. L’autre ressource est la créativité, la capacité à engendrer des idées nouvelles et pertinentes. Sur cette double base, en s’organisant et en se finançant, il est possible de fabriquer de l’innovation. Celle-ci ne doit pas être confondue avec une invention. Au contraire de cette dernière, l’innovation se diffuse et est alors perçue comme créatrice de valeur : d’usage, économique, symbolique... Depuis sa création, l’innovation occupe une place importante au Conservatoire.

Comment expliquez-vous cela ?

Le Conservatoire a été créé en 1794, en pleine première révolution industrielle. À l’époque, la France accusait un retard économique face à l’Angleterre. « Perfectionner l’industrie nationale » fut l’un des mots d’ordre à la création du Conservatoire. Inscrit au coeur du projet initial, il s’agissait bien de constituer une « machine » à former les artisans, les industriels et les citoyens au meilleur état de l’art, dans tous les domaines. Par ailleurs, à partir de 1819, l’apparition des premières chaires permet de positionner le Conservatoire au front de taille des sujets innovants. Les chaires permettent à l’établissement d’être précurseur dans le contenu des enseignements dispensés, en marge des savoirs « classiques » des universités, des écoles d’ingénieurs ou de commerce. Par exemple, au tout début du vingtième siècle, à l’initiative du ministre socialiste de l’Industrie Alexandre Millerand, le Conservatoire met en place des conférences pratiques sur la prévention des accidents de travail. En 1905 un cours sur l’hygiène industrielle est créé, cours qui deviendra une chaire en 1912. Parce que le Cnam a toujours été en contact avec les industriels, les entrepreneurs et les professionnels, il se situe sur la ligne de crête de l’innovation. C’est un établissement qui a aussi historiquement innové pédagogiquement avec l’enseignement par la démonstration ou le télé-enseignement.

Propos recueillis par Aurélie Verneau,
rédactrice à la direction de la communication du Cnam


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