• Jeux,

Les écrans sont-ils dangereux pour les enfants ?

Décryptage

Publié le 28 juin 2017 Mis à jour le 4 septembre 2017

Professeur du Cnam sur la chaire Addictologie, Dider Jayle déconstruit quelques idées reçues concernant l'usage des écrans pour les plus jeunes.

© Shutterstock - Melpomene

© Shutterstock - Melpomene

Les écrans envahissent notre quotidien. On ne peut plus imaginer vivre sans notre téléphone portable, sans consulter plusieurs fois par jour notre boîte mail; nous sommes reliés en permanence au monde par les écrans. Les parents se sentent souvent démunis alors que les adolescents se sont totalement appropriés ces nouveaux outils. Ils s’inquiètent : «Tu vas t’abîmer les yeux avec tes jeux vidéo ! » Daphné Bavelier, professeure de neurosciences a l’Université de Rochester à New York et directrice du laboratoire Cerveau et apprentissage de l’Université de Genève, a montré qu’au contraire la pratique de ces jeux améliorent la vision. En outre, ils développent la capacité d’attention et réduisent la distractibilité.

Aujourd’hui, des programmes interactifs sont proposés des l’âge de trois ans ! Ils développent l’intelligence intuitive et hypothético-déductive. Dans ces jeux, il ne s’agit pas de comprendre pour agir mais d’agir pour comprendre et l’erreur n’est jamais pénalisée. Le rôle des parents est surtout de limiter le temps d’utilisation. C’est vrai aussi plus tard pour les jeux vidéo, car les enfants maîtrisent mal le temps. Quant au choix des jeux, la norme PEGI (Pan European Game Information) fixe un âge souhaité et le site « pedagojeux.fr » est de bon conseil pour les parents.

Plus tard, à l’adolescence, ordinateurs, smartphones, tablettes sont omniprésents. Or le cerveau n’a pas terminé sa maturation, surtout en ce qui concerne le contrôle des émotions. Il y a un décalage entre la partie cognitive et la partie émotionnelle. L’important est de parler avec l’ado de ce qu’il a vu, de le faire parler de ce qui l’a surpris, choqué, interpellé.

Très tôt, il faut sensibiliser aux effets pervers d’Internet, aux manipulations, aux théories du complot, à la nécessité de protéger son intimité, a différencier les vrais amis et les faux amis. Il est important de distinguer ce qui favorise les échanges sociaux et ce qui isole. Les adolescents qui se précipitent sur Facebook pour discuter avec leurs camarades qu’ils ont quittés quelques minutes plus tôt ne s’isolent pas de leurs pairs. Ceux qui font une partie d’échecs, ou de jeux vidéo avec leurs copains non plus. Le problème survient quand il y a focalisation totale sur l’écran, la console, les jeux vidéo ou en ligne. Les sujets fragiles psychologiquement ou en difficulté avec leurs parents du fait d’une absence d’encadrement ou, au contraire, d’un cadre trop contraignant et intrusif, sont des proies aux addictions, qu’il s’agisse de la consommation intensive de cannabis ou de cyberdépendance. Tout est une question d’équilibre.

Par Didier Jayle
Professeur du Cnam
Chaire Addictologie


Picto label thématiques articles Cnam Blog Jeux