Maria Sklodowska-Curie

Chronique

Publié le 6 juillet 2017 Mis à jour le 6 juillet 2017

Aujourd'hui gloire nationale et première femme à être inhumée au Panthéon pour ses mérites, Marie Curie, cette enfant de Varsovie, a en son temps affronté une virulente campagne de calomnies.

© CEA - C215

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En cette fin d’année 1911, Paris batifole. À la gare du Nord, on accueille le « chérubin du ring », champion d’Europe des poids welters. Au théâtre de l’Ambigu, on ridiculise ces Messieurs les Ronds-de-cuir et les us bureaucratiques. Dans les salles obscures, on s’amuse devant Little Moritz enlève Rosalie. Certes, on s’entretue en Cyrénaïque et en Tripolitaine, on s’écharpe de Wuchang à Canton, on s’étripe dans les campagnes mexicaines. Mais tout cela semble si loin ! Les passions françaises se cristallisent plutôt autour d’une « douloureuse affaire dans le monde savant ». Maria Skłodowska, une « Polonaise ambitieuse », est accusée d’avoir enlevé de sa vie de famille et détourné de ses devoirs conjugaux un éminent professeur du Collège de France, père de quatre enfants et de cinq ans son cadet ! De la fuite imaginaire des deux amoureux en Belgique en passant par les accusations d’une épouse trompée et d’une belle-mère amère jusqu’à la publication d’extraits de lettres intimes, « cette relation coupable » s’étale alors à la Une de tous les journaux.

« Cette étrangère, qui pousse un père de famille hésitant à détruire son foyer »

On se déchaîne alors contre la « vestale du radium ». On assiège sa maison aux cris de « Dehors l’étrangère » et de « Voleuse de mari ». On glose sur ses origines juives comme sur ses liens avec les dreyfusards ou les huguenots. On se félicite qu’elle n’ait pas été élue à l’Académie des sciences au nom de l’inéligibilité des femmes ! On raille son seul titre de gloire : être la « veuve de l’illustre inventeur du radium ». On s’effraie a l’idée que « cette étrangère » puisse demeurer professeure au sein d’une « Sorbonne métèque et enjuivée »… Par un curieux hasard, les attaques les plus virulentes cesseront brusquement le 11 décembre. Il faut dire aussi que ce jour-là Marie Curie reçut, pour la seconde fois et dans une nouvelle discipline, la plus haute distinction que l’on puisse décerner à une scientifique. Dès lors, on célébra un peu partout « la plus grande femme de la nation française » dont les travaux sur le polonium et le radium lui ont valu, chose inédite, un second Nobel !

Par Yvan Boude,
directeur de la communication