"J'ai voulu montrer les tenants et les aboutissants de la crise alimentaire"

Interview de Colin Delfosse, photographe de l'exposition "Out of Home"

Publié le 25 novembre 2016 Mis à jour le 7 juin 2017

Colin Delfosse est le photographe de l'exposition "Out of Home, visages et témoignages de déplacés du Katanga" présente sur les grilles du Cnam en octobre et novembre 2015. Pour témoigner des déplacements forcés des populations, Colin est parti aux côtés de l'ONG Première urgence internationale à la rencontre des exilés qui ont fui le conflit qui ravageait leur région. Dans cette interview, Colin revient sur cette exposition testimoniale et forte qui rend hommage au courage de tous les déplacés du Katanga.

© Colin Delfosse

© Colin Delfosse

Vous connaissez très bien la République démocratique du Congo (RDC), vous y avez réalisé de nombreux reportages, notamment un surprenant portrait des catcheurs congolais. Comment passe-t-on d’un sujet en apparence léger comme les sorciers du ring à un reportage sur l’urgence humanitaire des déplacés du Katanga ?

Colin Delfosse : Je suis arrivé en RDC un peu par hasard en 2007. On m’a envoyé pour les élections présidentielles, les premières depuis la chute de Mobutu. De ce voyage est né un premier sujet sur les mines, que j’ai réalisé avec Pauline Beugnies. Le projet sur le catch commence dans la foulée, lorsque je suis en reportage à Kolwezi, une ancienne cité coloniale du Katanga, connue pour ses gigantesques gisements de cuivre et de cobalt. Un soir, je tombe sur un groupe de catcheurs qui parade au milieu de ville et je décide de m’intéresser à ce sport fascinant et méconnu. J’ai pensé qu’il donnerait à voir un coté plus optimiste de ce pays réputé sur le plan mondial pour ses richesses minières, ses guerres à répétitions et les atrocités qui y sont liées.

Par la suite, j’ai effectivement couvert des sujets plus “durs“, comme le conflit au Kivu, ou l’urgence humanitaire au Katanga, mais c’était généralement à la suite de commandes. J’essaie de montrer les multiples facettes du pays. Et à chaque aller-retour en RDC d’autres idées surviennent, mais beaucoup restent dans les tiroirs, par manque de temps et pour varier de thématique.

En quoi vos expériences précédentes en RDC vous ont aidé ?

Mon expérience de la RDC m’a surtout appris la patience ! Et la diplomatie. En RDC, les barrières administratives sont nombreuses. Elles peuvent te stopper un projet du jour au lendemain.

Combien de temps a duré votre reportage ?

Je suis resté deux semaines au Katanga avec les équipes de Première urgence internationale. Mais deux mois en RDC, pour travailler sur d’autres thématiques.

Comment avez-vous abordé ce reportage et comment avez-vous articulé vos prises de vue par rapport aux équipes d’humanitaires ?

J’ai abordé ce reportage à travers l’angle humanitaire, car c’était une commande. J’ai cependant voulu diversifier le travail en montrant le contexte et les parties prenantes du conflit.

Quel est votre ressenti par rapport aux personnes que vous avez rencontrées et photographiées ?

Mon premier ressenti est un mélange de doute et de gène. Les personnes que j’ai photographiées vivent dans le dénouement le plus total. J’ai l’impression de ne pas être à ma place, parce que photographier ces gens ne va pas les aider – en tout cas pas directement. La situation au Nord Katanga est dramatique – peut-être encore plus que dans d’autres zones de conflit en RDC, parce que la région est complètement enclavée ; et que les secours y ont difficilement accès.

Quelle histoire avez-vous voulu raconter à travers vos photographies ?

Je n’ai pas voulu raconter d’histoire. Juste montrer les tenants et les aboutissants de la crise alimentaire, et l’intervention de Première urgence internationale sur le terrain.

Quels sont votre meilleur et pire souvenir de ce reportage ?

Le meilleur souvenir – et le pire - est celui du (long) voyage à moto à travers la brousse. Je voulais rencontrer les pygmées dans la forêt, mais personne ne savait exactement où ils s’étaient installés après le conflit. Nous avons roulé plus de huit heures dans la brousse, en dehors de tout chemin, sous la pluie, à devoir pousser et porter la moto, sans jamais croiser personne. Tous les villages, bantous comme pygmées avaient été attaqués et étaient complètement déserts. La nuit tombée, nous avons campé au milieu de la forêt, détrempés par la pluie tropicale, sans rien à manger. Nous étions évidemment hors de portée du réseau cellulaire, et le téléphone satellitaire était déchargé.

Le lendemain matin, j’ai pris la décision de faire demi-tour. Le chauffeur de moto m’a convaincu d’avancer encore de quelques kilomètres dans la forêt. Au bout de trois heures, nous avons finalement rebroussé chemin. C’est alors que les pygmées sont sortis de la forêt. Nous avons passé quelques heures avec eux.

Sophie Grallet
Directrice adjointe de la communication, Cnam


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