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Ingénieure, loin des formules toutes faites

Portrait de Christiane Chapeau, ingénieure Cnam

Publié le 13 juillet 2017 Mis à jour le 13 juillet 2017

Comment devient-on ingénieure lorsque l’on a quitté le système scolaire avec un CAP en poche ? Pour Christiane Chapeau, actuellement en poste à la direction générale des opérations de L’Oréal, la formule tient en trois mots : motivation, travail et soutien... du Cnam !

© Icon Pond - Flaticon

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Pas besoin de beaucoup de temps pour convaincre Christiane Chapeau d’offrir un peu du sien pour nous parler d’elle. « Pas de problème, je dois bien ça au Cnam », dit-elle, tout simplement.

Simple, son parcours ne l’a certainement pas été. Son CAP en poche à 16 ans et demi, elle est embauchée en tant qu’aide laborantine. À 23 ans, à la naissance de ses enfants, elle décide de mettre en pause sa carrière pour les élever. Mais, son retour à la vie professionnelle est difficile : elle réalise que sans baccalauréat elle ne pourra pas rester dans la chimie, qui a beaucoup changé. Elle sollicite alors le Centre national d’enseignement à distance (Cned) pour obtenir un diplôme d’accès aux études universitaires (Daeu), puis s’engage dans une formation bac+2 au Conservatoire, en cours du soir. Pour elle, la rencontre avec le responsable de filière aura été déterminante : « Le Cnam m’a soutenu et guidé, m’a encouragé à poursuivre. Même si mes profs de maths et de physique s’arrachaient souvent les cheveux ! ».

Diplôme en poche, elle décroche un poste aux Parfums Christian Dior. Son objectif est atteint, mais la frustration de ne pas comprendre à 100 % les procédés la décide à s’engager dans une formation de responsable de fabrication industrielle (bac+4). Et lorsqu’elle réalise que le diplôme d’ingénieur est à sa portée, elle se tourne à nouveau vers le Cnam. « Je savais que je serais bien encadrée. Au final, c’était beaucoup de travail, mais les professeurs étaient passionnants et nous étions un petit groupe, très soudé ».

Elle se fait modeste. « Comme beaucoup, je suis sortie du système scolaire par erreur, trop rapidement. J’ai pu bénéficier d’une deuxième chance ». Elle insiste aussi sur l’effort à fournir, non pas pour se mettre en valeur, mais pour encourager. « Ce n’est pas une démarche anodine, mais ça vaut largement le coup ». Intarissable sur la place des femmes en science, la dévalorisation des filières professionnelles, la nécessité personnelle de trouver sa voix tout en ayant le droit à l’erreur, elle comprend ceux qui, face à une situation similaire, hésitent. Elle aussi manquait de confiance avant de se lancer. La méthode qui a fonctionné pour elle ? Ne pas se fixer d’objectifs trop définitifs ni trop lointains, avancer étape par étape, s’intéresser plus aux savoirs qu’aux titres. Sa motivation : l’envie de progresser et d’être reconnue dans un milieu professionnel qui la passionne. Elle est fière d’être la première génération de sa famille à faire des études longues, mais elle parle avec pudeur de ses origines modestes, de ses parents et des valeurs qu’ils lui ont transmis : goût de l’effort, du travail honnête. De leur incompréhension aussi, et de leur méfiance vis-à-vis des études, contre lesquelles elle a dû lutter. Aujourd’hui, elle est ingénieure chargée de projet chez L’Oréal, responsable du développement de procédés sur trois sites en Europe. Prochaine étape, le doctorat ? Elle sourit : « Non… Enfin, c’est vrai que j’y ai déjà pensé… ! »

Par Victor Haumesser


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