Dans les petits papiers d'un mathématicien précurseur

Publié le 22 novembre 2016 Mis à jour le 11 avril 2017

André Sainte-Laguë. Ce nom ne vous dit rien ? Et pourtant, ce pionnier des nouvelles technologies éducatives et de la théorie des graphes fut professeur de mathématiques générales en vue des applications au Conservatoire de 1938 à 1950. Récemment léguée par sa petite-fille au service commun de documentation de l’établissement, c’est une importante collection de ses publications qui vient éclairer ses activités de professeur et d’écrivain.

© Bibliothèque centrale, Cnam / Photo Pierre Petit

© Bibliothèque centrale, Cnam / Photo Pierre Petit

En cette période pré-électorale, si vous êtes doté d’un esprit curieux, peut-être vous intéressez-vous aux méthodes de répartition des sièges électoraux. Vous avez alors toutes les chances d’avoir croisé le nom d’André Sainte-Laguë. En effet, ce mathématicien est aujourd’hui principalement connu pour ses recherches sur ce sujet, tant et si bien qu’une de ces méthodes porte son patronyme. Il s’agit en fait de travaux publiés dès 1910, soit 17 ans avant son entrée au Conservatoire national des arts et métiers… Car André Sainte-Laguë, fils d’instituteurs né en 1882, se distingue vite par son talent. Après plusieurs années passées en Haïti, il revient en France terminer ses études secondaires à Bordeaux. Reçu à la fois à l’École normale supérieure et à l’École polytechnique, il opte pour la première. Promotion 1903, il en sort agrégé de mathématiques en 1906 et publie dès cette époque des articles dans des revues mathématiques, tout en exerçant en lycée, à Évreux, puis Douai et Besançon. Durant la première guerre mondiale, il est blessé par trois fois sur le front. Mettant à profit ses séjours dans les hôpitaux militaires, il reprend ses recherches sur les graphes et la topologie, sujets novateurs pour l’époque, auxquels il consacrera sa thèse.

Un grand vulgarisateur à l’esprit éclectique

Nommé au lycée Janson-de-Sailly, à Paris, en 1920, il enseigne aux classes préparatoires à l’École centrale. En 1924, il soutient sa thèse de doctorat ès sciences mathématiques qu’il consacre aux « Réseaux », ce que nous nommons aujourd’hui les graphes qui possèdent de nombreuses applications dans les domaines liés à la notion de réseaux (social, informatique, télécommunications). En 1927, il entre au Conservatoire en tant que maître de conférences auprès du titulaire de la chaire de mathématiques en vue des applications. C’est là, au sein de l’établissement, où il exercera jusqu’à sa mort, qu’il fera la démonstration de son génie professoral. Précurseur, il utilise dès 1928 des films pour illustrer ses cours de géométrie. Esprit éclectique, il mène en compagnie de son ami le docteur Magnan, professeur au Collège de France, des recherches sur le vol des oiseaux, des planeurs et des avions, mais aussi sur… les poissons. Vulgarisateur insatiable, il se voit confier l’animation des salles de mathématiques du nouveau Palais de la Découverte pour l’Exposition internationale de 1937 puis la co-organisation du deuxième congrès international de récréations mathématiques. Tout en publiant des jeux mathématiques sous le pseudonyme de Georges Le Myre.

Un professeur très couru

En 1938, André Sainte-Laguë est élu titulaire de la chaire de mathématiques générales en vue des applications. Ses cours rencontrent un franc succès, réunissant jusqu’à 2 500 auditeurs. Engagé dans la Résistance dès septembre 1940, il est arrêté à son domicile et emprisonné quelque temps, avant d’être libéré faute de preuves. À la Libération, ses actions sont récompensées de la médaille de la Résistance. Ses engagements ne se limitent pas là : militant syndical, il est président de la Confédération des travailleurs intellectuels de 1929 à son décès en 1950. Articles parus dans la presse, livres et tirés à part, manuscrits, photographies et plaques de verre ayant servi de supports de conférences…, les précieux documents, versés par sa petite-fille au service commun de documentation du Conservatoire, permettront de mieux appréhender le parcours de cet homme multi-facettes.


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